C'est aussi l'époque des tous premiers franchissements de grands cols alpins, ce qui induit des relations transalpines entre populations éloignées. Puis de l'âge du Cuivre à l'âge du Fer, on a pu associer métallurgie (car présence dans les Alpes de minerais de cuivre et de fer), extraction de sel, vraie exploitation de l'alpage et utilisation accrue des cols pour échanger avec d'autres régions.
Ainsi, avant l'occupation romaine tout est là : productions de minerais, de sel et surtout des produits de l'alpage tels bétail, peaux et fromages. Les voies de communication s'étant améliorées, un empereur romain pourra manger du vatusicum, fromage produit dans nos Alpes ceutronnes. Ces premiers agriculteurs ont tracé des voies que l'homme du XXIe siècle utilise encore aujourd'hui, avec bien évidemment des usages et des moyens bien différents.
La vie de l'alpage et ses remues, sorte de nomadisme à déplacement vertical, sont encore présents aujourd'hui, et l'on est passé d'un système agro-pastoral, associant production céréalière et élevage, à une utilisation exclusive des prairies de montagne pour la production laitière bovine, autour de la Seconde guerre mondiale.
Ces remues s'effectuent entre trois zones bien déterminées situées à des altitudes différentes : de l'habitat permanent (à partir de 700/800m d'altitude), en passant par la montagnette/ «dameu» (1100/1400m) jusqu'au sommet de l'alpage (2200/2400m). Passer de l'étage inférieur à l'étage supérieur et retour à l'habitation principale, pouvait comporter de huit à quinze remues. Remues que l'on effectuait avec tout le matériel nécessaire, chien, poules, cochons, personnel et famille, car le travail en montagne nécessitait beaucoup de bras.
Le 24 juin, on pouvait voir monter jusqu'à mille têtes de bovins et ils redescendaient le 12 septembre. Le spectacle de tous ces troupeaux convergeant sur Roselend, au son des carons et campanes, était un spectacle impressionnant et inoubliable !
En Beaufortain, il n'y avait que très peu d'alpages appartenant aux communes et on ne connaissait pas le système de fruit commun très pratiqué en Tarentaise. Clients et montagnards existaient dans cette structure de grande propriété détenue par une véritable aristocratie paysanne. Tout ceci servait à fabriquer le fromage bien connu, à pâte pressée cuite , le Beaufort. Ce fromage de grande forme nécessitait pour le fabriquer de gros troupeaux de vaches. Ce qui permettait de transformer le lait produit en été, de le stocker et le rendre transportable dans de bonnes conditions sanitaires. Ces fromages, considérés comme des produits de luxe, pour l'essentiel de la production n'étaient pas consommés sur place, mais étaient réservés à l'exportation, auprès d'une clientèle aisée.
Le fromage de Beaufort existe toujours, il est une AOC depuis 1968, il est aussi consommé localement par les vacanciers. Les pratiques de fabrication ont beaucoup évoluées et l'on a essayé de rendre moins pénible ce travail pour l'homme. Il reste néanmoins un respect profond du territoire et de l'animal. Le vocabulaire employé pour parler des richesses produites par l'alpage et cette civilisation de la vache le prouve. Ainsi, l'on dit toujours « donner un repas aux bêtes » et « soigner un fromage ».
Tous ces paysages, que l'on dit « jardinés » ne sont pas naturels, mais façonnés par des générations de peuples montagnards, paysages dont nous avons hérités en même temps que les savoir-faire ancestraux.


